Archive for the ‘Lectures’ Category

Education et technologie: The Economist dit oui

Posted on avril 3rd, 2008 in Lectures | No Comments »

The Economist lance périodiquement des débats: deux experts dans la matière sont invités à porter des arguments à faveur ou contre une affirmation. Les lecteurs votent, et en vertu du résultat The Economist fait de cette affirmation la sienne.

Au mois d’octobre 2007 l’affirmation mise en débat était la suivante:

The continuing introduction of new technologies and new media adds little to the quality of most education.

En pratique, une position sceptique par rapport à l’apport réel des nouvelles technologies au monde de l’éducation. Deux experts émérites ont porté leurs arguments :

en faveur: Sir John Daniel, President and CEO ofThe Commonwealth of Learning

contraire: Dr Robert Kozma, Emeritus Director and Principal Scientist at SRI International

Le débat est accessible à l’adresse suivante:

http://www.economist.com/debate/index.cfm?action=summary&debate_id=1

Le résultat du débat est: Pro 44% / Con 56% , les lecteurs de The Economist se sont donc prononcés contre le scepticisme donc, et peut être on été convaincus par les arguments du Dr Robert Kozma: arguments statistiques sur l’efficacité de l’utilisation de l’ordinateur et des simulations pour l’apprentissage des sciences, et arguments sur l’usage diffusé d’un outil de condivision et construction commune des connaissances:

The knowledge forum http://www.knowledgeforum.com/

Bonne lecture de The Economist et bonne consultation du site du Knowledge Forum

Elena Pasquinelli

Apprendre les arts aide les apprentissages plus traditionnels ? ou « Does art make you smart ? »

Posted on mars 25th, 2008 in Lectures | No Comments »

L’une des assertions les plus répandues dans le domaine des nouvelles technologies et de leur application à l’éducation concerne les possibilités créatives que cette application met à disposition : de l’image de l’apprendre en faisant à celle d’apprendre à être créatifs, les nouvelles technologies pour l’éducation sont très liées à la créativité.

Mais la créativité n’est pas limité aux nouvelles technologies, au contraire : les mots clés d’apprendre à être créatifs et d’apprendre en faisant font avant tout partie du langage de l’apprentissage des arts.

Le « Dana Consortium on Arts and Cognition » - un étonnant groupe de chercheurs en neurosciences cognitives rassemblés par Dana Foundation et coordonné par M. Gazzaniga (http://dana.org/news/publications/publication.aspx?id=10754#gazzaniga) – s’est posé la question suivante : « Are smart people drawn to the arts or does arts training make people smarter? » (1).

Le groupe de recherche, qui a travaillé 3 ans, vient de sortir son rapport en Mars 2008.
Le rapport est disponible en pdf à l’adresse suivante :

http://dana.org/uploadedFiles/News_and_Publications/Special_Publications/Learning,%20Arts%20and%20the%20Brain_ArtsAndCognition_Compl.pdf

Les résultats de cette recherche ont été résumés dans les assertions suivantes (assez générales) :

Les gênes liés à la production de dopamine pourraient jouer un rôle dans la prédisposition pour les arts et l’intérêt pour l’esthétique.

L’intérêt pour un art performatif (arts dramatiques, musique, danse) est relié à un degré de motivation élevé et à une attention soutenue pendant longtemps. Ces deux qualités sont utiles non seulement pour l’apprentissage des arts, mais peuvent améliorer tout autre type d’apprentissage cognitif.

Plus spécifiquement :

Musique :

L’apprentissage de la musique (entraînement de haut niveau) est positivement lié à la capacité de manipuler l’information et au fonctionnement de la mémoire à court et à long terme.

L’apprentissage de la musique semble aussi avoir un lien avec les capacités de représentation géométrique, mais non avec d’autres capacités d’ordre mathématique.

L’apprentissage de la musique semble enfin lié à l’acquisition de capacités linguistiques et aux apprentissages séquentiels, car un training en musique (associé au développement d’une voie cérébrale spécifique) prédit l’acquisition précoce du langage et des capacités phonologiques.

Arts dramatiques :

Les arts dramatiques permettent d’exercer la mémoire à long terme.

Danse :

L’apprentissage de la danse est spécialement lié à l’observation pour supporter l’organisation d’action complexes, ce qui peut être utile dans d’autres domaines d’apprentissage où l’observation joue un rôle important.

On peut se poser quelques questions, par exemple :

- est-ce que jouer avec des jeux vidéo ou d’autres jeux « non-artistiques » peut avoir les mêmes effets (en termes d’attention soutenue, d’observation, de mémoire) que l’apprentissage d’un art ?

- il n’y aurait pas quelque chose de spécifique au fait de créer et d’apprendre à être créatifs dans l’apprentissage des arts qui pourrait transférer aux apprentissages traditionnels ?

- quels sont les mécanismes qui permettent de transférer les apprentissages, et quelles sont les périodes de l’apprentissage au cours desquelles le cerveau est sensible aux apprentissages artistiques et peut les convertir en capacités cognitives générales ? Cette question va au-delà des apprentissages des arts et concerne la capacité, en général, de transférer un apprentissage d’un domaine (gaming, art) à l’autre.

Bonne lecture et bonne réflexion.

 

 

(1) Dana Foundation est une fondation privée qui s’intéresse de neuroscience, éducation à l’art et immunologie. Le site web de Dana Foundation (http://www.dana.org/news/features/detail.aspx?id=11604) met à disposition des ressources sur le cerveau (http://www.dana.org/brain.aspx), y compris des atlas de neuroanatomie, et des ressources spécialement conçues pour les enfants et les adolescents et l’enseignement de la biologie et de l’anatomie cérébrale (http://www.dana.org/resources/brainykids/).

 

Apprentissage, identité et agentivité dans la participation des jeunes

Posted on février 13th, 2008 in Lectures | No Comments »

Note de lecture de « Mélanger le numérique, le social et le culturel : apprentissage, identité et agentivité (passage à l’acte?) dans la participation des jeunes » (Mixing the Digital, Social, and Cultural : Learning, Identity, and Agency in Youth Participation (Lien).

Article de Shelley Goldman et Angela Booker (Stanford University, School of Education) et Meghan McDermott (Global Action Project, New York), le dernier d’un ouvrage collectif : Ito, Mizuko et al. “Foreword.” Youth, Identity, and Digital Media. Edited by David Buckingham. The John D. and Catherine T. MacArthur Foundation Series on Digital Media and Learning. Cambridge, MA: The MIT Press, 2008.

L’ouvrage dans son ensemble est très soigneusement et longuement préfacé par David Buckingham (University of London, Institute of Education). Le sujet en est l’adolescence (notion éminemment culturelle !) comme période durant laquelle les jeunes négocient leur séparation de leur famille et développent des compétences sociales indépendantes, à travers par exemple les influences de groupes plus ou moins importants (« des cliques aux foules ») de leurs pairs. Les jeunes ont ce faisant la possibilité d’expérimenter diverses identités potentielles - en assumant des risques variés -, comme dans une période de « moratoire psychosocial » (Erikson). Le fil directeur de l’ouvrage est donc la grande intrication de social et d’individuel, d’horizontal et de hiérarchique qui conduit aux identités sociales, intrication dont les lieux de socialisation nouveaux comme MySpace ne déplacent pas fondamentalement les lignes, bien qu’ils attisent l’angoisse de beaucoup d’adultes !

Le préfacier rappelle la controverse opposant ceux qui présentent le self comme un projet individuel, un espace de liberté certes préoccupant et responsabilisant (Giddens) à ceux (Foucault) qui pensent qu’à travers ces « projets » les relations sociales diffusent vers les individus le pouvoir des autorités souveraines. Quoi qu’il en soit, il y a bien projet de se construire une ou des histoires à des fins diverses, et les technologies numériques peuvent être susceptibles d’infléchir le potentiel d’individuation ; elles seraient ainsi l’un des facteurs des glissements de la formation des identités dans les sociétés contemporaines.

Parmi les huit articles qui composent l’ouvrage, je recommande particulièrement la lecture de Susannah Stern (University of San Diego, Department of Communication Studies) : Producing Sites, Exploring identities : Youth Online Authorship, et de Danah Boyd (University of California, Berkeley, School of Information) : Why Youth Love Social Network Sites : The Role of Networked Publics in Teenage Social Life, plus l’article sur le mélange de ‘technologies’ dont je vais dire quelques mots.

Goldman, Booker et McDermott relatent (en vingt pages très détaillées) deux expériences : une new-yorkaise sur la fabrication collective d’une vidéo, l’autre nord-californienne sur l’installation (une prise de possession) de représentants nouvellement élus dans un Student Advisory Board. L’idée directrice est de « permettre aux jeunes de lire, écrire et réécrire le monde, de les encourager à se voir comme des agents capables de modeler leur identité dans leur relation d’apprentissage avec le monde. » Le mot d’ordre est que « apprendre à propos du monde est directement lié à la possibilité de changer celui-ci. »

Les deux expériences mettent en valeur les vertus de l’hybridation de la technologie numérique avec les technologies sociales et culturelles. Les premières fournissent des outils pour l’organisation des activités sociales : ce sont par exemple le brainstorming, les plans d’action…, tandis que les secondes aident à la mise en place des processus de communication, qu’il s’agisse de standardisation, de procédures légales…. Cette hybridation est nécessaire si l’in veut que les choses bougent (« get things done »), en particulier l’identité des participants qui avance de pair avec leur « agentivité ». Les jeunes participent à une vraie expérience de dialogue/décision collective, ils doivent comprendre les relations de pouvoir et savoir utiliser le discours des instances en charge, il sont amenés à critiquer des attendus ou des hypothèses : « lorsqu’on concentre les jeunes sur un apprentissage et un développement individuel, plutôt que sur une action sur leur environnement, il ne peut y avoir de réelle participation – la participation qui doit non seulement leur donner un contrôle sur leurs expériences mais aussi une influence sur des choix cruciaux pour la qualité de la vie et la justice dans leurs communautés. » On pourrait à se point se demander où sont passées les technologies numériques : « les technologies sociales leur assignent comme but une assistance à la fabrication de nouvelles identités…. Elles se prêtent alors à une appropriation selon des voies nouvelles voire inattendues »

Dans l’exemple des jeunes qui, avec l’aide d’adultes extérieurs au système, apprennent à siéger dans un SAB (Student Advisory Board), c’est bien l’apprentissage des technologies culturelles qui est le premier verrou, dans un balancement du centre d’intérêt qui va et vient des processus aux enjeux. On écrit des statuts pour devenir des représentants, puis on comprend quel point d’appui ces statuts peuvent fournir pour devenir des représentants ayant la maîtrise de leurs propositions ; enfin, lorsque l’autorité vous conteste sur un point de procédure, on revient dans une spirale vertueuse aux questions légales…, et dans tout cela on utilise les canaux numériques parce qu’ils sont à la fois rapides, peu coûteux et privés.

Pour résumer, le numérique est présenté ici (dans la tradition qui en fait la grande innovation sociale post Gutemberg) comme un instrument de démocratisation ; beaucoup moins sous l’aspect de l’encyclopédie à la portée de chacun, que sous celui de l’accès à une logistique de discussion/ préparation de l’action/ diffusion qui n’était autrefois accessible qu’aux princes, avant de devenir l’apanage des grands managers.

« Si nous voulons une société démocratique, il faut trouver ou inventer de nouveaux canaux de prise de décisions… le problème n’est pas le risque de décisions irresponsables ou erronées. Il est plutôt de convaincre ceux qui ont été ignorés ou exclus par le passé que désormais leur implication aura un sens et que leurs idées seront considérées. Le danger n’est pas trop, mais trop peu de participation. » (Miles Horton, The Long Haul)

Gabriel Ruget