« L’ordinateur a-t-il une place à l’école ? Si oui, laquelle ? »

Pour réfléchir à ces questions, nous devons non seulement prendre acte de
l’omniprésence des technologies de l’information et de la communication
(TIC), mais aussi des dernières évolutions en sciences de l’éducation.

À cette fin, le groupe Compas réunit des chercheurs passionnés de nouvelles
technologies et informés des résultats de la recherche en sciences
cognitives. Leur but n’est pas de promouvoir l’usage des TIC dans
l’enseignement ou de défendre une théorie pédagogique contre une autre,
mais de comprendre en quoi ce que nous savons des processus d’apprentissage
aide à la compréhension et à la sélection des bons usages de ces
technologies.

 

Le projet Compas

Les sciences cognitives sont appelées à jouer un rôle majeur dans les
sciences de l’éducation ; les technologies de l’information et de la
communication (TIC) transforment notre rapport aux connaissances en
profondeur. La convergence de ces deux vagues se fait déjà sentir à l’école
et autour de l’école, et ce mouvement prendra dans les prochaines années
des proportions considérables.

Il faut comprendre ce qui est nouveau, apprécier ce qui est possible, poser
les questions qui aideront tous les acteurs concernés à se faire une idée
des enjeux, à définir leurs choix, à orienter le cours des choses dans la
meilleure direction possible. Tels sont les objectifs que s’est donné le
groupe Compas.

Compas : les sciences cognitives au service de l’école de demain

Une réflexion pluridisciplinaire

Toute réflexion sur la pédagogie repose sur une théorie, plus ou moins
explicite, de la nature humaine. Historiquement, les sciences de
l’éducation ont attendu de la psychologie scientifique qu’elle leur procure
les éléments directement utiles d’une telle théorie. Aujourd’hui, elles se
tournent tout naturellement vers les sciences cognitives, dont l’ordre du
jour inclut et étend celui de la psychologie. On croit trop souvent que les
sciences cognitives se limitent soit à l’étude du cerveau (en particulier à
la localisation des pathologies), soit à l’intelligence artificielle et au
développement de logiciels « experts » pour l’aide à la décision, à
l’apprentissage, etc. Compas entend contribuer à dissiper ce malentendu, en
montrant comment les sciences cognitives modifient dès aujourd’hui la
compréhension des processus cognitifs mis en jeu dans l’apprentissage.
Inversement, les bouleversements provoqués par les technologies de
l’information et de la communication (TIC) ne sont que trop visibles, au
point d’endormir notre vigilance théorique. Ce que nous vivons actuellement
est déjà loin d’être bien compris, et discerner ce qui est possible ou
désirable, comme ce qui est impossible ou indésirable, appelle un effort
d’imagination appuyé sur une compréhension réelle des processus
impliqués. S’il serait absurde d’ignorer ou de minimiser les dimensions
politiques, économiques, sociologiques de ces changements actuels et
futurs, il serait tout aussi regrettable de ne pas les étudier sous un
angle conceptuel et empirique.

Un objectif précis

Les sciences cognitives interviennent précisément ici pour décrire et
expliquer comment ces « prothèses » cognitives que constituent les TIC
s’articulent à nos capacités naturelles, et comment cette articulation est
un enjeu majeur pour l’école de demain.

S’ouvrir à l’évidence des faits

Le groupe Compas n’entend cependant pas se limiter aux sciences cognitives,
et veut créer des synergies avec des spécialistes d’autres disciplines,
telles que la philosophie, les mathématiques, les sciences de la
modélisation ou encore la biologie théorique, et avec des professionnels de
l’éducation, de la culture, des jeux vidéo, de l’architecture, du design et
des arts, tous passionnés par les problèmes de l’éducation à tous les
niveaux dans la société, la plupart enseignants, presque tous parents.
Compas n’entre pas en concurrence avec les approches reconnues dans les
sciences de l’éducation, son projet est complémentaire. Les sciences de
l’éducation partent de l’école d’aujourd’hui et vont chercher dans d’autres
secteurs (la psychologie, la sociologie, la didactique des disciplines,
etc.) des outils pour comprendre et améliorer les pratiques
éducatives. Compas, au contraire, part de recherches et de pratiques
indépendantes et parfois très éloignées de l’école, et veut les mettre au
service d’une réflexion sur l’école de demain.

Comme les sciences de l’éducation toutefois, Compas opte pour le
professionnalisme. Chacun — et c’est heureux — a sa petite idée sur
l’éducation, comme on en a sur les accidents de la route, sur la baisse de
la natalité ou sur la politique. Mais ces idées sont généralement peu
robustes, contradictoires, et vulnérables à la confrontation. Pour les
dépasser, nous devons nous soumettre à la discipline de l’expérience :
Compas veut mettre à l’honneur une réflexion pédagogique fondée sur
l’évidence factuelle : sur les faits, et non sur les croyances — sans
oublier, naturellement, que les faits ne sont jamais bruts, qu’ils sont
imprégnés de théorie. Compas veut promouvoir dans la recherche éducative
une démarche systématique appuyée sur des preuves.

Compas : comprendre les pratiques, tester des idées neuves

Un laboratoire d’idées

Compas est d’abord un laboratoire d’idées, un « think tank » où
s’entrecroisent les points de vue et les hypothèses de ses membres, tous
très différents par leurs formations et leurs intérêts, et où toute une
série de spécialistes français et étrangers, à la pointe de leur domaine,
viennent présenter leurs idées. Les membres de Compas voyagent et
interrogent des théoriciens et des professionnels qui travaillent sur les
mêmes questions. Cette activité se condense sous la forme de textes, en
particulier de livres qui paraîtront régulièrement à l’intention plus
particulièrement du milieu enseignant et de tous ceux qui réfléchissent à
l’école et plus largement à l’éducation dans la société de demain.

Un incubateur de projets

Compas est ensuite une pépinière ou un incubateur de projets de recherche
plus spécialisés et innovants, relevant de la psychologie (sur les thèmes
classiques de l’apprentissage de différentes compétences, que les sciences
cognitives renouvellent profondément), de la modélisation de processus
collectifs (tels que l’émergence et la dynamique de communautés virtuelles
d’apprenants, qui jouent déjà un rôle déjà important et dont le
développement ira en s’accélérant), de l’appropriation d’univers virtuels,
ou encore de l’histoire et de la philosophie des technologies de
l’information et de la communication dans l’éducation (TICE).

En dialogue avec les enseignants

Le travail pratique consiste en interactions avec les enseignants et en
expérimentations dans la classe et hors de la classe. Dans un premier
temps, il s’agit essentiellement d’établir un dialogue nourri avec les
enseignants, en général par le biais des associations. Dans un second
temps, Compas espère participer à des expériences destinées à tester un
certain nombre d’hypothèses ou de dispositifs.

Le groupe n’a nullement pour vocation d’introduire l’ordinateur à l’école à
tout prix. Son but est de réfléchir au bon usage des nouvelles
technologies, que ce soit dans le cadre de l’école et de l’instruction
formelle, ou dans celui de l’apprentissage informel hors de l’école
(musées, bibliothèques, formation à distance, etc.). On ne peut espérer
progresser vers ce but qu’à la condition d’être absolument libre de tout
préjugé technophilique ou technophobique, et dégagé de tout lien dogmatique
ou institutionnel. Bref, on ne peut avancer sur la question des nouvelles
technologies qu’en prenant du temps et du recul.

Naissance du projet Compas

Le projet Compas est né de la rencontre de deux structures nouvelles.

- L’École normale supérieure a créé, en 2001, le premier département
d’études cognitives en France. Il lui a semblé opportun, dans cette
perspective, de contribuer à une réflexion de haut niveau sur
l’acquisition des connaissances et sur le développement des usages des
technologies de l’information et de la communication dans l’éducation
(TICE), en s’appuyant sur des recherches fondamentales menées dans le
cadre des sciences cognitives.

- Microsoft a lancé un grand projet international intitulé « Partners in
Learning » (PIL). Le responsable de ce projet pour la France, Thierry de
Vulpillières, a souhaité créer dans ce cadre un groupe de recherche d’un
format original, doté d’une forte ambition théorique et de la liberté qui
en est la condition nécessaire.

C’est ainsi que Compas s’est constitué au sein de l’Institut de l’École
normale supérieure (IENS), association indépendante ayant vocation à
développer les actions de valorisation des laboratoires et départements de
l’ENS. Ce format institutionnel confère une grande souplesse à Compas, lui
permettant notamment de nouer d’autres partenariats et de répondre à des
appels d’offre de toute nature.

Ce groupe de recherche est localisé en France, mais s’appuie sur des
experts internationaux et sur un réseau de groupes similaires à l’étranger
– actuellement le Royaume-Uni, les États-Unis et la Hongrie, mais ces
contacts et partenariats sont appelés à s’étendre — pour réfléchir aux
bases théoriques des sciences de l’éducation et des TICE, publier des
contributions de chercheurs et proposer des pistes d’expérimentation.